30/11/2015

AMPUTÉ D’UNE JAMBE, LE POLICIER VÉSULIEN ATTEINT LE SOMMET DU KILIMANDJARO

HAUTE-SAÔNE : AMPUTÉ D’UNE JAMBE, LE POLICIER VÉSULIEN ATTEINT LE SOMMET DU KILIMANDJARO

Amputé d’une jambe après un accident du travail, Christian Scherrer, 53 ans, a fait de son handicap une force. Le policier vésulien a atteint le sommet du Kilimandjaro, en Tanzanie.


 
 

 

«J’ai toujours su que je remarcherais, même lorsque le chirurgien m’a annoncé qu’il allait me couper une jambe ». Après avoir frôlé la mort dans un suraccident de la route, Christian Scherrer a dû se reconstruire avec un membre inférieur gauche amputé au-dessus du genou. À Valenton, dans le Val-de-Marne, le policier vésulien a découvert l’Association sportive handisport du centre de rééducation et appareillage (ASHCRAV), à laquelle il adhère. Sa prothèse provisoire devenue définitive, il est remonté au fil des ans sur des skis, pratique la randonnée, s’est lancé dans la plongée -il est niveau 1-, a effectué des descentes en eaux vives, en canoë ou en rafting. « Ce n’est pas parce qu’on est handicapé qu’on doit se priver de faire du sport » : son message, il l’a porté très haut. « Pour le 30e anniversaire de l’ASHCRAV, un sponsor a proposé de financer un projet pour les handicapés », explique le Vésulien. Une idée un peu folle a été retenue, fin 2014 : monter au sommet du Kilimandjaro ! L’organisation du périple a été confiée à « Odyssée Montagne », une agence de guides de haute montagne spécialiste des expéditions, de l’alpinisme et du trekking.

Après deux stages dans les Alpes et des tests d’effort en hypoxie passés à Bobigny, en Seine-Saint-Denis, Christian Scherrer a été déclaré physiquement apte pour l’aventure qui débute le 3 octobre à l’aéroport de Roissy, transite par Istanbul avant l’atterrissage en Tanzanie. Après une courte nuit, tombe une très mauvaise nouvelle. Le poids des bagages individuels doit être drastiquement réduit, de 30 à 9 kilos. « J’ai dû abandonner ma prothèse de rechange. En cas de panne, c’était fini ». Le groupe de l’ASHCRAV, qui est composé de huit personnes handicapées -fémoral, hémiplégique, amputées d’un tibia-, se présente au pied du point culminant de l’Afrique accompagné d’un médecin, de cinq guides, un Français et quatre Tanzaniens, et de porteurs.

L’ascension s’effectue par la voie Machame, réputée la plus belle. Bananiers et caféiers laissent place à la forêt équatoriale. Mais l’enthousiasme est rapidement douché par le départ précipité de l’orthopédiste, malade et rapatrié sanitaire, et par « trois jours de pluie fine ». Sur le chemin, l’entraide s’affirme pour franchir les plus grosses marches. Des descentes permettent d’éviter le mal de montagne. « Nous devions faire attention aux précipices en raison du chemin glissant ». Les randonneurs longent des bruyères et seneçons géants, traversent successivement steppe, désert de pierres et moraines, direction les glaces sommitales. La fatigue commence à se faire sentir alors que la toilette, plutôt sommaire, se pratique avec des lingettes et une cuvette d’eau chaude.

« Je ne pensais pas qu’on pouvait marcher aussi lentement »

Au 7e jour, le lever est programmé à 3 h. « Marcher de nuit, ce n’est pas facile », reconnaît Christian Scherrer qui est bientôt récompensé de ses efforts. « J’ai assisté, vers 7 h, à un lever de soleil extraordinaire sur le mont Mawensi. Mais il fallait continuer avec des dénivelés difficiles ». Il subit alors « le manque d’air, qui ralentit beaucoup la progression. Je ne pensais pas qu’on pouvait marcher aussi lentement. ».

Parmi les huit représentants de l’ASHCRAV, deux ont abandonné, malgré leur courage, un 3e a été stoppé à quelques encablures du but. Les cinq rescapés atteignent le sommet le 10 octobre à 10 h 45. Photos souvenirs, embrassades à 5.895 mètres d’altitude : la gageure est devenue réalité. « Nous dominons une mer de nuages. On a l’impression que c’est du coton, on a envie de sauter dedans. C’est une étrange sensation », se remémore Christian Scherrer.

« On a mangé des frites à 4.600 mètres d’altitude »

À peine le temps de savourer sa performance que la descente s’amorce, « plus dure physiquement ». Le vent accentue le froid qui transperce les corps. Particulièrement sollicitée, la prothèse haute technologie malmène le moignon, blesse dans les emboîtures. « La pression émotionnelle se relâche mais on ressent la douleur ». Il a perdu cinq kilos, mais « on était bien nourri par un cuistot exceptionnel, vu les conditions de travail. On a mangé des frites à 4.600 mètres ! ».

Après neuf jours de marche, l’exploit est accompli. Avant de reprendre l’avion, Christian Scherrer s’est offert un safari en Tanzanie. L’homme a perdu une jambe, certainement pas le moral et la joie de vivre : « En tant que handicapé, je réalise des choses que je n’aurais jamais imaginé faire lorsque j’étais valide ».

Sylvain MICHEL

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