21/04/2018

Grand âge et handicap: des mesures contre la maltraitance

Le gouvernement a installé le 19 février 2018 une commission chargée de faire des propositions pour prévenir la maltraitance des personnes âgées ou handicapées, comme prévu par la loi sur le vieillissement entrée en vigueur en 2016.

Pilotée par Denis Piveteau

Cette « Commission de promotion de la bientraitance et de lutte contre la maltraitance », conjointe entre le Haut conseil de la famille, de l'enfance et de l'âge (HCFEA) et le Conseil national consultatif des personnes handicapées (CNCPH), est présidée par le conseiller d'Etat Denis Piveteau, celui-là même qui avait rédigé le rapport « Zéro sans solution » dédié à l'accueil des personnes handicapées en état d'urgence. Cette commission est composée, outre des membres désignés par les deux institutions, de personnes qualifiées (experts) et de représentants de tous les secteurs concernés, notamment des ministères des Solidarité et de la Santé, de la Justice, de l'Intérieur et des Personnes handicapées, des Agences régionales de santé, des Conseils départementaux.

Un phénomène tabou

Annoncée dans un communiqué par la ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn, et la secrétaire d'Etat au Handicap, Sophie Cluzel, cette commission est chargée « de faire des propositions sur le risque de maltraitance dans tous les lieux de vie, que ce soit à domicile ou en établissement ». Il s'agit « d'améliorer la connaissance d'un phénomène longtemps tabou, faciliter le repérage, le signalement et le traitement de situations de maltraitance, promouvoir la bientraitance et l'accompagnement des acteurs dans le quotidien ». Les deux ministres soulignent à cette occasion « l'importance qu'elles accordent à ce sujet de société ». Lors de ses vœux au CNCPH, le 18 janvier, Sophie Cluzel, avait d'ailleurs promis de se montrer « intraitable » sur la maltraitance.

Le domicile pas épargné

L'AD-PA (Association des directeurs au service des personnes âgées), qui avait largement participé aux travaux des différents comités antérieurs, dont notamment ceux du dernier Comité national bientraitance et droits des personnes âgées et personnes handicapées (CNBD), dit « saluer cette initiative ». Pour autant, il ajoute que « les travaux de cette commission ne pourront se résumer aux seules situations individuelles. Elle devra donc également travailler sur les questions de droits et libertés (citoyenneté, effectivité des droits, libertés publiques...) ». Selon son président, Pascal Champvert, il faut « une vraie réflexion sur l'autonomie des personnes âgées, la priorité étant d'augmenter le nombre de professionnels dans les établissements et à domicile ». Un argument qui vaut aussi pour les personnes handicapées. Sur France info, il dénonce un « phénomène de maltraitance colossal », précisant que la majorité des cas ont lieu au domicile parce que les aidants s'épuisent.

Un contexte tendu

Cette annonce intervient dans un contexte tendu. En effet, les personnels des maisons de retraite médicalisées (Ehpad) et des services pour personnes âgées ont organisé le 30 janvier 2018 une mobilisation inédite pour protester notamment contre le manque de moyens et d'effectifs, témoignant de nombreuses situations où les personnes accueillies ne sont pas traitées dignement. Une nouvelle journée d'action dans le champ du grand âge, est prévue le 15 mars, élargie à tous les établissements pour personnes âgées (hôpitaux gériatriques, unités de soins longue durée, maisons de retraite non médicalisées). De son côté, le Comité de soutien à Céline Boussié, la lanceuse d'alerte qui avait révélé au grand jour le « scandale des enfants handicapés à Moussaron », a adressé une lettre ouverte à Sophie Cluzel le 26 janvier, avec copie à l'Onu et au Défenseur des droits, pour réclamer « des institutions sociales et médico-sociales de qualité ». Une pétition était également mise en ligne (en lien ci-dessous).

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Sur le web

Pacte Croix-Rouge 2018 : des enfants handicapés heureux !

"Un enfant en situation de handicap est avant tout un enfant ! Nous ne devons pas nous habituer aux discriminations qu'ils vivent, elles doivent continuer à nous indigner, nous pousser à agir.", explique le professeur Jean-Jacques Eledjam, président de la Croix-Rouge française. "Enfance et handicap", c'est donc l'axe choisi pour la 3e édition de son Pacte santé ; il se concentre sur les enfants en situation de handicap entre 0 et 12 ans. La petite enfance comme berceau d'une société inclusive et participative !

Une enfance heureuse

Objectif de ce pacte ? Mettre en lumière les obstacles encore trop souvent rencontrés par ces enfants et leur famille et, ainsi, porter des actions fortes. Et surtout concrètes puisqu'il a été rédigé avec les enfants, les parents, les fratries, les professionnels, répondant ainsi parfaitement aux besoins de chacun. Il dit vouloir viser "une enfance heureuse" se focalisant sur les forces plutôt que sur les déficiences. "Pour cela, elle doit pouvoir offrir des émotions, des jeux, des rires, du bien-être, une relation empathique, un accueil inconditionnel dans les dispositifs de la petite enfance, à l'école, en centre de loisirs…", précise le communiqué.

Des raisons de s'alerter

Ce pacte 2018 alerte sur plusieurs points... Tout d'abord faire respecter les droits spécifiques au regard de leur situation singulière et notamment ceux de bénéficier d'interventions spécialisées et précoces afin de les aider à développer des compétences favorisant leur autonomie. Il souhaite ainsi favoriser le déploiement de services mobiles alliant soins et interventions médico-sociales pour aller vers l'enfant, au plus près de ses besoins. Il revendique également le droit à communiquer, et ce même si le langage verbal n'est pas accessible, via, notamment, la Communication alternative et améliorée (article en lien ci-dessous). Ce pacte n'oublie pas les enfants qui sont souvent les victimes de dispositifs cloisonnés, tels que ceux en situation de handicap relevant de la protection de l'enfance ou vivant dans la précarité. Il s'interroge également sur les besoins des parents et de la fratrie en termes de soutien et d'appui mais également en valorisant leur expertise. Il alerte enfin sur la nécessité d'une meilleure formation des professionnels.

Et le grand public, il imagine quoi ?

La Croix-Rouge française a également mené l'enquête (avec l'institut CSA) sur la perception du handicap auprès du grand public, croisant son regard avec celui des parents d'enfants handicapés. En d'autres termes, qu'imaginent les Français et comment vivent réellement les familles ? Pas toujours en phase... Par exemple, 44% des interrogés pensent que le diagnostic chez l'enfant potentiellement concerné par un handicap est réalisé dès la naissance. En réalité, près d'un enfant sur deux (48%) est diagnostiqué après ses 2 ans. Et, suite au diagnostic, seuls 25% des enfants en situation de handicap bénéficient d'un accompagnement dès l'annonce de leur handicap.

L'école obligatoire, comme pour tous

En matière d'enseignement, près d'un quart des français ne savent pas que la scolarisation est obligatoire pour un enfant en situation de handicap, tout comme pour tout autre enfant. Dans les faits, 84% des enfants en situation de handicap sont scolarisés mais tout juste la moitié (51%) est scolarisée toute la semaine (5 jours). Et, d'ailleurs, un tiers (33%) des parents ne se déclarent pas satisfaits des conditions de scolarisation de leur enfant, considérant notamment (64%) que les professionnels ne sont pas suffisamment formés.

Un avenir sombre ?

En dehors de l'école, plus d'un parent sur trois (35%) estime que son enfant n'est pas bien accueilli en centre de loisirs, un sur quatre (25%) fait le même constat pour les transports en commun et un sur cinq (21%) pour les restaurants. Six Français sur dix (63% et 60%) partagent cette opinion sur les centres de loisirs et les transports en commun, un sur deux (51%) pour les restaurants. Mais la principale difficulté à laquelle se sentent confrontés les parents est bien la projection dans l'avenir (48%), tandis que le grand public identifie plutôt l'absence d'aides adaptées (37%).

27/01/2018

Alerte : soignants à bout, patients en danger !

Valérie Sugg, psychologue dans un service de cancérologie hospitalier, a été à l'écoute depuis 20 ans des personnes malades, de leurs proches mais, ces dernières années, aussi de soignants auxquels elle a prêté son oreille et son temps. Elle en fait le récit dans son nouveau livre L'hôpital : sans tabou ni trompette, aux éditions Kawa (23,95 €).

Handicap.fr : Votre constat sur notre système de soins est amer. C'est ce que vous révélez dans votre nouveau livre L'hôpital : sans tabou ni trompette. 
Valérie Sugg : En effet. Il a pris un chemin de traverse depuis trente ans. Les dirigeants se sont gargarisés de cette médecine française réputée mondialement, de ses médecins innovants mais, voilà, les soignants ce ne sont pas que les médecins mais des équipes composées de différents corps de métiers qui tentent de faire entendre l'impasse dans laquelle nous entrons, dangereusement.

H.fr : Vous déplorez un système de soins vieillissant et un management d'un autre temps…
VS : Ou, bien sûr. Il était nécessaire, bien entendu, de mettre en place une stratégie pour juguler l'hémorragie financière hospitalière qui n'a pas su prendre le problème à sa base, qui a voulu soigner les causes mais pas la maladie. Car c'est le système de soins lui-même qui est malade. Trop d'administratifs, de chefs, de sous-chefs et pas assez de soignants, plus assez ; bon nombre ont été remerciés ou dégoûtés. Le constat est le suivant : des investissements financiers mal gérés, un matériel de plus en plus vétuste mais aussi un management par la dévalorisation, la culpabilisation, la déshumanisation progressive des soins.

H.fr : Les soignants refusent de devenir des techniciens du soin centrés sur la rentabilité... 
VS : Il s'agit, peut-être, d'un problème de mentalité et il ne concerne pas que le domaine de la santé. Le management hospitalier a choisi de « gérer » le personnel soignant essentiellement par la pression, la culpabilisation, le chantage au patient : « Restez encore sinon le pauvre patient il n'aura pas… » sa soupe, son traitement… Mais aussi la dévalorisation, la répression au travers, par exemple, de la notation annuelle qui devrait servir pour établir un projet commun, stimuler, encourager, valoriser mais qui, le plus souvent, ne fait que permettre ou bloquer l'évolution du salaire. Cette politique de rentabilisation, qui n'a pas voulu tenir compte des particularités du milieu des soins, fait souffrir ceux qui y travaillent face aux personnes malades ou résidents.

H.fr : Dans ces circonstances, les soignants maltraités peuvent-ils devenir, à leur tour, maltraitants ?
VS : D'une certaine façon, oui, bien malgré eux. C'est une forme de maltraitance subie par le chirurgien lorsqu'il est interpellé au bloc opératoire parce qu'il ne va pas assez vite et que le patient suivant est déjà endormi et qu'on lui demande d'accélérer, en pleine opération. C'est une forme de maltraitance quand on demande en Ehpad à une aide-soignante de faire la toilette de douze à quinze personnes le matin ou d'être seule aide-soignante présente la nuit pour cinquante résidents. C'est une forme de maltraitance que d'exiger d'une infirmière qu'elle reste une heure de plus parce que la chimio de madame D. n'est pas terminée et que l'infirmière de soir est déjà débordée. C'est aussi une forme de maltraitance que de remplir les rendez-vous de consultation rendant impossible le fait de prendre les personnes à l'heure ou alors en faisant des consultations « express » qui ne prennent plus le temps d'écouter les particularités de chacun. Par conséquent, les soignants deviennent maltraitants puisque leur temps est quasi chronométré. La recommandation d'une toilette en 6,66 minutes début 2017 est à l'image de ce qui se passe en milieu hospitalier, en Ehpad, en maison de retraite, et nous sommes tous concernés. Cette douche que les soignants n'ont parfois le temps de faire qu'une fois par mois, ce repas servi froid, ce pipi qui n'attendra pas l'arrivée de l'aide-soignante, toutes ces « petites » choses rendent le quotidien des soignés douloureux.

H.fr : Vous critiquez également les responsables des structures de soins, les jugeant parfois « incompétents » ?
VS : Il faut bien oser le dire ! Certains le sont parce qu'ils dirigent des centres de soins sans jamais avoir mis un pied dans un service ni y avoir travaillé. Ils subissent aussi, sans aucun doute, la pression des économies à faire après tant d'années de gaspillage à tous les étages. À titre d'exemple, quand une infirmière m'explique que l'hôpital a changé de fournisseur de compresses pour un moins cher mais que, du coup, il en faut trois à la place d'une pour le même résultat, elle est où l'économie ? Ou quand un aide-soignant me raconte qu'il a dû changer son résident qui s'était souillé à mains nues parce qu'il n'y a plus de gants en stock, que dire ? Qui est responsable ? Le directeur de l'établissement qui, lui, n'est pas confronté à ce que cela fait vivre aux équipes et aux soignés de si douloureux ! Ce manque d'humanité en dit long sur la façon dont chacun est considéré ou pas.

H.fr : Certaines cadences infernales imposées aux soignants ont un impact majeur sur leur moral. Des exemples concrets ?
VS : Ce mode de gestion des soins engendre en effet chez les soignants de la gêne, du dégoût, de la honte et, trop souvent aussi, de la culpabilité. Aucun soignant ne peut être fier d'une patiente dans la cinquantaine, épuisée par sa chimio et hospitalisée depuis une semaine, qui ne peut pas bénéficier d'une douche. Aucun soignant ne peut se satisfaire que seuls douze résidents d'une Ehpad sur quatre-vingt puissent être sortis l'après-midi dans la cour ou accompagnés en salle d'animation. Aucun soignant ne peut être insensible à un jeune patient, vingt-cinq ans qui tremble de froid à l'accueil des urgences sur le brancard en plein courant d'air car la porte est cassée depuis trois mois et n'a pas été réparée. Aucun soignant ne peut se réjouir de cette autre patiente en fin de vie qui supplie qu'on la soulage, mais qui est face à un interne, seul cette nuit-là, qui ne sait quoi faire parce qu'il remplace un médecin manquant. De ce fait, ils sont malheureux, les soignants, parce que s'ils ont choisi de devenir soignants c'est justement parce qu'ils avaient un idéal. Ils ont choisi ce métier pour aider, accompagner, guérir aussi.

H.fr : Face à ce constat, des soignants se mettent en grève, se révoltent, parfois se suicident aussi... 
VS : Heureusement, il reste des services, des lieux de soins où tout se passe bien mais, dans la plupart, c'est la bérézina. Sinon pourquoi tant de grèves, de SOS, de suicides chez les soignants et sur leur lieu de travail ? Ça a du sens, non ? Ils ont honte, se sentent « complices » du système puisqu'incapables de s'y opposer. Ils subissent ou, s'ils tentent de suggérer, ils ne sont que trop rarement entendus. Pourtant, c'est bien eux qui sont en contact avec les personnes malades, les résidents, qui connaissent les besoins et ont des idées pour améliorer la situation. Mais, voilà, plus personne ne prend le temps de les écouter. Tout soin doit devenir rentable. Le premier objectif n'est plus de soigner un être humain malade, accidenté, vieillissant mais d'être une source de profit. Partout. Même le parking devient payant !

H.fr : Existe-t-il néanmoins des solutions ? A-t-on des raisons d'être optimistes ?
VS : Il faudrait faire évoluer les mentalités avec un management par la valorisation, l'encouragement. La gestion des centres de soins doit être faite par des gens dont c'est le métier afin d'éviter tous ces gaspillages, ces erreurs d'aiguillage. Donner des moyens aux soignants pour bien faire leur travail, les écouter, entendre ce qu'ils proposent et les considérer. Cette considération ne coûte rien mais réchauffe le cœur, augmente l'estime de soi et rend meilleur. Il y a beaucoup de bonnes volontés mais le système les a écrasées. Elles ne demandent qu'à rénover, améliorer, et ce n'est pas qu'une question d'argent.

 

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Emmanuelle Dal'Secco, journaliste Handicap.fr"